Journal

  • Fantoma’s

    Deux décennies d’apparitions furtives et effroyables comme l’éclair aux derniers quarts de lune, un air marécageux et le tonnerre dans la gorge. La carrière musicale du rappeur genevois A’s – figure charismatique et énigmatique du groupe Marékage Streetz – revêt bien des atours de la Belle Époque. À l’instar de son légendaire alter ego littéraire Fantomas, celui qu’on affuble du nom de « Prince des Ténèbres » sillonne le rap comme les rues de sa ville, clandestinement. Ses textes à la va-comme-je-te-pousse rappellent les Apaches de Belleville ou de la Goutte d’or – petites frappes des bas-fonds parisiens, qui faisaient frissonner d’épouvante passants et lecteurs du Petit-Journal. En ce temps-là, l’argot de…

  • Élégie pour Rocco

    Un être lui manque et la famille est dépeuplée. Ou plutôt, deux êtres. Depuis la mort de son mari, Rosaria Parondi – qui ne s’habille plus que de noir – a quitté la Lucania et le Sud avec ses quatre fils – Simone, Ciro, Rocco et Luca – pour rejoindre Vincenzo, le cinquième et l’aîné de la fratrie, à Milan. Ce soir est un soir de fête. Rocco rayonne. Il vient de remporter son premier combat de boxe et son entraîneur lui promet un avenir radieux. Rocco a signé pour dix ans de carrière, afin d’éponger les dettes et de laver l’honneur de son frère Simone, qui ne vit plus…

  • Santé, Geronimo !

    Le 8 septembre dernier, personne n’a commémoré le cent-cinquantième anniversaire de Sante Geronimo Caserio, né à Motta Visconti (Lombardie), en 1873. Cet anarchiste italien, dont le nom évoque autant le saint que le chef de guerre apache, fut celui qui assassina le président français Sadi Carnot, alors chef de la IIIème République; celle de l’arrogance chauvine au sortir de la guerre victorieuse contre la Prusse; celle qui avait alors réprimé la révolte de la Commune dans une mer de sang; et qui adopterait les lois dites scélérates, contre la liberté de la presse et pour la censure du mouvement anarchiste. Caserio avait vingt ans lorsqu’il donna sa vie pour la…

  • Tiburona, bagatelles fémino-punk

    Des riffs de guitare obsédants tout droit sortis du garage sur des breaks de batterie enragés; des lyrics punk et sans fard qui semblent imprimés sur un drapeau noir; trois voix poignantes et musclées; un soupçon de saveurs latines et mélodiques des sixties; le panache anarchique et libertaire chevillé au corps mêlé de cuir dans un décor technicolor… Il ne m’en fallait pas plus pour tomber polyamoureux du trio madrilène Tiburona, ma nouvelle catharsis.

  • Les essieux de ma charrette

    Putain de solitude. Plus j’écris, plus je fréquente cette garce. Il n’y a guère que des puceaux en fac de Lettres pour penser qu’écrire vous attire de la sympathie. L’écriture met les gens mal à l’aise et elle vous tient à l’écart du monde autant qu’elle conforte la société dans son privilège de distanciation. « Ah, moi, je prends de la distance », entend-on souvent. D’accord, mais que faites-vous de votre souffrance ? A-t-elle droit de cité dans votre existence ? Mes amis boxeurs en font une hygiène de vie. Cogne et encaisse, me répète Amir à l’envi. Cet illuminé de Hamadan (ou de Vernier, c’est selon) ne s’enivre que de poésie…