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  • Jedi Mind Tricks : cosmologie hardcore

    Comme souvent dans la musique, tout part d’un frisson d’abord inexplicable. Quelques notes de musique suspendues, une mélodie calme et légèrement mélancolique. L’atmosphère semble apaisée, propice à l’introspection, à un témoignage de sagesse. C’est souvent ainsi que Stoupe the Enemy of Mankind procède. Le producteur mythique du groupe de Philadelphie crée une ambiance empreinte de douceur et d’une apparente fragilité. On semble sur le point d’entendre un morceau presque élégiaque : la lenteur solennelle accentue la tristesse diffuse. En quelques mesures à peine, le décor auditif est presque déjà cinématographique. Et puis les voix font leur entrée. Dès les premières rimes, le contraste est palpable : c’est un déferlement d’agressions…

  • L’illuminant illuminé

    Y a-t-il sur cette basse terre quelque chose de plus romantique qu’une partie d’auto-tamponneuse avec une kalach ? Quoiqu’on en pense, tout Amir est là; c’est l’unique question par laquelle je puisse entamer ce portrait. Je voudrais vous parler d’une amitié comme il me semble qu’on n’en fait pas beaucoup. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’un et l’autre – Amir et moi, qui vous parle au micro – on a toujours préféré le terme « camarade ». Entre nous, pas de sentimentalisme. Ce qui nous lie, depuis plus de dix ans, c’est avant tout une solidarité constante ; dans nos projets, dans nos épreuves, dans nos tourments. Mais surtout, il…

  • Constellation

    Rome, un soir de février. Dans un restaurant petit-bourgeois de San Lorenzo, autrefois moins cossu, je me repais moins des mets exquis que de la prose enivrante et frénétique d’André Suarès. L’après-midi, j’ai pénétré la librairie Stendhal, Piazza di San Luigi dei Francesi, et je suis immédiatement tombé sur des écrits fabuleux du voyageur marseillais, datant de 1895. Quinze ans avant ses textes sur Venise, Florence et Sienne, que j’ai emportés pour ce périple par la voie ferrée, Suarès avait écrit des pages flamboyantes sur la Ville éternelle; jusqu’à présent, je l’ignorais. Juché sur un tabouret du bar, je profite de l’attente entre les plats pour me consacrer à la…

  • Argentique

    Si j’avais moins hésité, j’aurais acheté ce magnifique Retinette de Kodak, aperçu dans la vitrine du photographe, rue du Cendrier, un matin d’automne. Avec l’engin en bandoulière, j’aurais pu tirer le portrait de ces cons de canards sur la jetée, au lieu de garder mes mains dans les poches vides de ma Barbour oversize. Qu’avril bourgeonne ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents, les piafs, mais je n’écris ni comme Edith, ni comme Georges Brassens pour vous raconter. A la rigueur, j’aurais pu vous montrer des clichés de ces oiseaux rieurs pas du tout de passage, contrairement à moi. D’habitude si contents de narguer les passants en pataugeant…

  • Fantoma’s

    Deux décennies d’apparitions furtives et effroyables comme l’éclair aux derniers quarts de lune, un air marécageux et le tonnerre dans la gorge. La carrière musicale du rappeur genevois A’s – figure charismatique et énigmatique du groupe Marékage Streetz – revêt bien des atours de la Belle Époque. À l’instar de son légendaire alter ego littéraire Fantomas, celui qu’on affuble du nom de « Prince des Ténèbres » sillonne le rap comme les rues de sa ville, clandestinement. Ses textes à la va-comme-je-te-pousse rappellent les Apaches de Belleville ou de la Goutte d’or – petites frappes des bas-fonds parisiens, qui faisaient frissonner d’épouvante passants et lecteurs du Petit-Journal. En ce temps-là, l’argot de…